Certaines mentions figurant sur le rapport spécial des commissaires aux comptes relatif à l’exercice 1995 et 1996, respectivement datés des 30 mai 1996 et 27 mai 1997, laisseraient supposer que lesdits navires appartenaient en 1995 à deux filiales de la CMA, CMG TITANA et CMG TUCANA. C’est donc curieusement que deux actes, tous deux datés du 31 décembre 1996, prétendraient faire état, pour un montant total de 67.765.600 F, après compensation de créances, concernant une cession de ces deux navires à la CMA par deux sociétés, ALBANY MARINE INC et TUCANA COMPAGNY LTD, respectivement domiciliées, dans des paradis fiscaux, à Monrovia au Liberia et au Tortora dans les Iles vierges Britanniques. D’après les tampons apposés sur les deux actes de cession, ceux-ci sembleraient avoir été certifiés simultanément le 31 décembre 1996 à Chypre par un certain M. A. HAVIARAS et à Marseille par Maître BRINCOURT agissant en qualité de notaire. Toujours au 31 décembre 1996, soit le jour de la clôture de l’exercice, la CMA aurait signé, dans le cadre de cette acquisition, une convention de prêt avec chacune des deux sociétés pour un montant total de 67.765.600 F, relatif à une durée minimum de 5 ans. Ces sociétés étaient l’une et l’autre représentée dans les actes par la même personne qui apparaîtrait sous le nom de « YIANGOS HADJIYANGOU ». Faute de renseignements sur lesdites sociétés, en dépit des demandes réitérées du représentant de MISTRAL HOLDING SAL, il n’est pas possible d’affirmer que les sociétés ALBANY MARINE INC et TUCANA COMPAGNY LTD abritent des structures se confondant avec la CMA ou ses filiales, CMG TITANA et CMG TUCANA. Si ce dernier point était avéré, la réalité des ventes des navires serait sérieusement remise en cause. Toutefois, les recoupements effectués sur les procédés jusqu’ici appréhendés présentent un caractère pour le moins troublant et tendraient à accréditer la thèse que les opérations concernant ces deux navires auraient été utilisées pour créer des pseudo ventes, engendrant ainsi des prêts fictifs aux fins de majorer artificiellement les fonds propres consolidés de la CMA Si la nature artificielle de ces opérations était confirmée par l’identification des actionnaires des sociétés ALBANY MARINE INC et TUCANA COMPAGNY LTD , les capitaux propres consolidés de la CMA auraient été majorés de 118.370.795 F représentant les avances de RS & CO à hauteur de 50.605.195 F, ajoutés à ceux se rapportant aux prêts précités d’un montant de 67.765.600 F. Dans ce cas, les capitaux propres consolidés de la CMA, auraient dû s’afficher pour un montant de 155.478.203 F au lieu de 273.849.000 F. Seuls les moyens coercitifs liés à une instruction judiciaire permettraient de vérifier cette hypothèse. Le cas échéant, les dirigeants de ce groupe auraient à nouveau trompé les pouvoirs publics, cette fois sur la réalité de la capacité financière affichée, pour les besoins de la cause 200.000.000 F En tout état de cause, la majoration artificielle des capitaux propres consolidé, de 50.605.195 F et éventuellement de 118.370.795 F pourrait avoir été organisée pour masquer une situation financière pour le moins difficile.
D – La situation financière de la CMA
Dans ce domaine, les éléments issus, soit des expertises en cours, soit l’étude des ratios de solvabilité et d’autonomie financière ne pourraient que susciter les plus vives inquiétudes sur le devenir de la CMA.